vendredi, juillet 16, 2010

LES PIÈGES DE LA DÉMOCRATIE EN HAÏTI


Que faire en démocratie quand les conditions sociales et politiques permettent l’arrivée au faîte de l’état de gens dépourvus des qualités requises pour cette fonction?
Que faire quand les questions de gouvernance suprême n’inspirent pas toujours les vrais leaders ou les gens animés des meilleures intentions pour la sauvegarde et la fructification du bien public?
Que faire quand les allées du pouvoir sont remplies d’affairistes et de magouilleurs de tout acabit prêts à des actions condamnables pour barrer la route à toute initiative susceptible de renverser le système inégalitaire prévalant dans la société?
Que faire finalement pour sauver la démocratie quand l’appareil d’état coiffant l’organisation sociale et politique devient le seul vrai dispensateur d’emplois et la source de toute richesse?
C’est le piège dans lequel se sont longtemps trouvés les Haïtiens et, particulièrement, la Démocratie elle-même, depuis les deux dernières décennies.
Si la dictature prévalait encore, les Haïtiens pourraient se prendre à rêver à un régime démocratique auquel ils prêteraient toutes les vertus. À défaut de vivre dans le présent, ils se laisseraient aller à vivre, au moins, d’espoir. D’espoir de changements de tous ordres. À commencer par celui d’un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Mais, ils n’ont pas besoin de rêver… Le rêve n’est-il pas déjà dans la réalité? N’est-ce pas l’ère de la démocratie qu’a instaurée la nouvelle constitution de 1987? Les constituants de l’époque ne pouvaient, néanmoins, pas prévoir que la notion de démocratie au cœur de leur réflexion serait vidée de sa substance pour ne retenir, à beaucoup d’égards, que ses apparences. De sorte que là où on aimerait compter des DÉCISIONS et des ACTIONS appropriées aux conditions de sous –développement du pays et dont les répercussions se feraient sentir en profondeur dans la société, on ne dispose que de GESTICULATIONS superficielles sans aucune portée sociale valable.
L’un des domaines les plus significatifs de ces gesticulations est, à cet égard, celui des élections. Qui aurait cru qu’on en viendrait presque à se plaindre de leur multiplication? C’est que dans la structure socio-politique haïtienne, cet acte éminemment démocratique a perdu son sens. Depuis deux décennies, il en faut pour toutes les subdivisions administratives et territoriales. Il est vrai qu’il s’agit d’une prescription constitutionnelle, mais c’est la seule activité nationale qui ne semble pas souffrir de manquement. Dans la conjoncture nationale de la captation, au profit d’un centre déjà pléthorique, de tout pouvoir, qu’il soit économique, politique ou administratif, cette gesticulation démocratique importe peu sur l’organisation ou le développement des régions ou des collectivités. Ce qui importe pour les tenants de la forme ou de l’apparence en matière démocratique, c’est que les gestes soient posés et donc les postes pourvus même si les structures existantes ne laissent à l’élu aucun pouvoir pour changer ou améliorer les choses dans son domaine.
Dès le début donc, ce fut une démocratie de façade ou du discours creux quand il y en a, où manquait l’essentiel, c’est-à-dire, la prise en compte des besoins de la population et des moyens appropriés pour les satisfaire. Dès le début, les fondés de pouvoir du peuple agissaient comme s’ils ne représentaient qu’eux-mêmes, ne sentant aucune contrainte de satisfaire aux revendications de leurs commettants, de les informer de leurs projets et de leur orientation.
Le séisme du 12 janvier 2010 fournit un exemple flagrant de la maladie de la démocratie en Haïti. Bien entendu, cette maladie est également endémique ailleurs. On pourrait même dire que les sociétés occidentales qui se donnent souvent à voir comme les parangons de la vertu démocratique, contribuent largement à son développement. Ce n’est néanmoins pas une raison pour ne pas essayer de l’éradiquer au pays de Toussaint-Louverture où elle prend des formes particulières.
Après bientôt six mois de ce douloureux événement que fut le séisme, où les gouvernants ont fait la preuve d’une totale nullité sur le plan du leadership, pas une fois, ils n’ont songé à informer la population des plans envisagés en marge de la reconstruction. Compte tenu des circonstances tragiques, on se serait attendu, dans les premiers jours, à ce que le président s’adresse à la nation afin de la soutenir dans ces moments difficiles, communier dans sa douleur et esquisser les voies des actions à entreprendre. Par la suite, il aurait été dans l’ordre des choses que la population soit mise au courant, de manière régulière, des plans et projets gouvernementaux pour faire face à la catastrophe et au problème de la reconstruction. Mais depuis, c’est le grand silence national.
Ce comportement n’a, d’ailleurs, pas arrêté d’attirer l’attention, bien entendu, à l’intérieur du pays, mais aussi, `à l’extérieur, auprès des réseaux internationaux d’aide. Tous ceux d’entre eux qui ont suivi l’évolution des événements en Haïti au cours des cinq derniers mois se retrouvent dans la même constatation, à savoir, l’absence de leadership du gouvernement et le manque de communication à la population.
Le rapport sénatorial américain présidé par John Kerry, sénateur du Massachussets, ne dit d’ailleurs pas autre chose. On y signale, d’une part, l’absence de leadership du gouvernement et, d’autre part, le fait qu’ « il ne communique pas de façon efficace aux Haïtiens qu’il est prêt à mener les efforts de reconstruction » Quant au député européen Michèle Striffler en visite en Haïti, elle s’est montrée très préoccupée de l’ « apparente absence de leadership des autorités haïtiennes ». Le gouvernement n’a même pas été capable d’exploiter l’opportunité qui s’offrait à lui pour faire avancer le projet de reconstruction. À cet égard, elle note que les camions et les pelleteuses ont été ramenés aux États-Unis et en Europe alors que les Haïtiens ne disposent que de pelles et de brouettes.
La plupart des organismes étrangers en poste en Haïti vont dans le même sens. Devant l’apathie bien connue du gouvernement, certains d’entre eux caressaient l’idée de voir l’irruption des Haïtiens de la diaspora sur la scène nationale. C’était, selon eux, le seul moyen de donner une impulsion au projet herculéen de la reconstruction du pays.
Bien entendu. une telle idée était de l’ordre du fantasme, car non seulement ces Haïtiens ne bénéficient-ils pas du statut pour intervenir politiquement sur la scène nationale (la plupart ont une nationalité étrangère, ce qui leur fait perdre le bénéfice de leurs droits politiques en Haïti ), mais, en dehors des élections générales, aucune provision constitutionnelle ne pourrait justifier une telle intervention.
Ces contraintes font partie des obstacles cruciaux conditionnant l’évolution de la situation politique haïtienne. Sans compter de nombreux autres, à différentes dimensions de la société, qui tendent à rendre l’exercice de la démocratie une épreuve difficile. Sous prétexte que ce régime politique est souvent le chemin le plus long afin de parvenir à la réalisation d’un projet, certains ont tendance à lui imputer des tares qui tiennent davantage à leur carence intellectuelle et à leur manque de leadership. Comme si la démocratie était parfois, dans ce pays, l’alibi de la faiblesse pour rendre compte de l’inertie à différents niveaux de l’administration publique.
Les Haïtiens sont nombreux à souhaiter vivement un changement de gouvernement. Comme au casino, ils sont prêts à parier encore une fois même s’ils ont si souvent perdu leur mise. Encore une fois, ils espèrent gagner le gros lot, soit un vrai leader à l’étoffe intellectuelle nécessaire et doublé du sens de l’éthique et de la responsabilité qui incombe à la fonction du président de la république. De plus, comme si ce n’était pas assez, ils osent réclamer des gens de la même trempe au sénat et à la chambre des députés. Serait-ce surréaliste?

Marc-Léo L aroche
Sociologue
08.07.10

jeudi, décembre 11, 2008

LES FAUX PAS DU NOUVEAU SIÈCLE


 
L’avènement du 21ème siècle a coïncidé avec l’apparition de plusieurs phénomènes à portée très globalisante concernant le devenir du globe. Citons-en les principaux :
-Les changements climatiques et leurs répercussions à travers le globe.
-La nouvelle structuration économique et géopolitique de la planète.
-Les mouvements idéologiques à l’œuvre (défi à la démocratie, aux valeurs occidentales, mise au ban de religions, terrorisme contre la force etc.)
- Crise de l’énergie, crise alimentaire, crise du crédit etc.
Chacun de ces phénomènes a contribué, dans sa sphère d’influence, à redéfinir les conditions de vie des centaines de millions de gens et colorer leur avenir de teintes un peu plus sombres.


Les changements climatiques et leurs répercussions planétaires
Les problèmes climatiques n’ont pas attendu le nouveau siècle pour se manifester. C’est même une constante depuis la création du monde. Toutefois, les observateurs de différents horizons ont constaté une accélération du phénomène au cours de la dernière décennie, battant en brèche la plupart des théories scientifiques sur la question. En effet, que ce soit sur le problème global du réchauffement climatique ou des préoccupations plus parcellaires comme la fonte des glaces polaires, les changements survenus dans les océans et leurs répercussions sur la vie terrestre, marine, la multiplication des ouragans, les gaz à effets de serre etc. les occurrences prévisibles dans un horizon d’un siècle se manifestent, contre toute attente, de plus en plus au présent, générant, par le fait même, un climat d’urgence dès le début de ce siècle. De sorte que toutes les nations sont invitées, le sommet de Kyoto oblige, à structurer leur système d’organisation socio-économique de manière à répondre au défi climatique mondial.

La nouvelle structuration économique et géopolitique de la planète
L’avènement du nouveau siècle est coextensif à l’émergence de nouveaux pôles économiques, notamment de la Chine, de la Corée du Sud, de l’Inde, du Brésil, de l’Afrique du Sud et à la réaffirmation de pôles plus anciens comme l’Union Européenne et la Russie post-soviétique. À cela, il faut ajouter un élément capital : la crise financière qui a déferlé sur le monde dans cette première décennie du siècle.

Dans cette nouvelle structure, même si les Etats-Unis continuent encore d’avoir le rôle prépondérant, ils ne peuvent s’empêcher de constater leur déclin relatif à plusieurs égards dont l’émergence en Asie du pôle de croissance le plus performant. Au moment où ces lignes sont écrites, la réunion du 15 novembre pour la refondation du capitalisme n’a pas lieu encore. On peut déjà prévoir que les Etats-Unis n’auront pas la part aussi belle qu’à Bretton Woods pour dicter leurs volontés et qu’ils devront lâcher du lest par rapport aux autres pôles économiques. Par ailleurs, on note que depuis quelque temps, le vent de la guerre froide a recommencé à souffler entre les Etats-Unis et la Russie en raison du projet d’installation du bouclier anti-missile par les premiers et de l’occupation temporaire de la Géorgie pro-occidentale par la seconde. Difficile de dire, à cette étape, s’il s’agit de rodomontades sans conséquence ou plutôt de prélude à une certaine glaciation des relations internationales.

Les mouvements idéologiques à l’oeuvre
Les chantres du néo-conservatisme aux Etats-Unis ont longtemps entonné un refrain simpliste en ce qui concerne la lutte idéologique sur la planète. Le monde leur paraissait, grosso modo, divisé en deux camps. D’un coté, les bons dont ils font partie avec quelques millions d’autres, surtout des Européens ou des groupes d’origine européenne, et, de l’autre, les mauvais, en l’occurrence, le plus grand nombre éparpillé aux quatre coins de la planète, relevant de l’axe du mal, appartenant à des états-voyous ou à des aires culturelles plus ou moins archaïques. Les premiers sont, dans l’ensemble, judéo-chrétiens, pratiquent la démocratie et la libre entreprise, alors que les autres se réclament de religions non-chrétiennes, de l’islam en grande partie et vivent dans des systèmes politiques autoritaires qui font fi de la liberté et de la libre entreprise. De plus, tandis que les premiers connaissent un haut niveau de développement (économique, social, scientifique, technologique etc.), les seconds viennent très loin en arrière quand ils ne s’enlisent pas tout bonnement dans le sous-développement. Les deux camps développent des rapports largement conflictuels que les premiers mettent au compte d’une certaine jalousie. Ils seraient la cible des peuples sous-développés parce que ces derniers leur envieraient leur richesse et leur avance scientifique et technologique

À partir de cette grille réductionniste, ils font une analyse erronée du contexte idéologique. Ils ne prennent pas en compte quantité d’éléments importants dont la mission qu’ils se donnent de civiliser les autres y compris par la force, la prépondérance de leurs intérêts sur tous les autres en matière d’occupation du territoire, de relations internationales, du commerce etc. sans compter des questions culturelles et philosophiques comme la place de l’homme dans l’univers et dans la communauté et la façon dont les principes de responsabilité et de solidarité se vivent dans cette communauté.

Il résulte de cela que les premiers et surtout aux Etats-Unis sont la cible des terroristes issus de ces populations sans que les attentats fassent l’objet d’une analyse approfondie de leurs motivations. Beaucoup d’énergie et d’argent ont été investis pour faire face à ce problème. Par un effet paradoxal dans le cas d’un pays au faîte des connaissances en sciences humaines, ils se contentent, de manière générale, de rester à la superficie du comportement comme s’ils refusaient d’en connaître les raisons profondes.

Le temps des crises (énergie, aliments, crédit
)

L’instabilité qui s’installe sur la planète à l’arrivée du 21ème siècle s’accompagne de plusieurs crises qui n’ont cessé de se manifester dès la première décennie. La première de ces crises, c’est celle de l’énergie. Bien entendu, ce n’est pas la première fois que cette crise est au rendez-vous. Au début des années 70, c’en était la première grande manifestation après la guerre. À cette époque, le prix du baril du pétrole était un indice du prix de la production ou de sa raréfaction. En 2008, la situation a changé complètement. Si le prix du baril avait continué à être un indice de la production ou de la rareté du produit, il n’y aurait pas eu de crise du pétrole. Il était devenu plutôt un indice du prix sur le marché boursier en raison de la spéculation. Et ce qui aggrave encore la situation, c’est que ce qui se passe

Il n’y a pas de doute, la crise de l’énergie est une période cruciale dans l’évolution de nos sociétés urbanisées, toutefois, la crise alimentaire mondiale constitue un défi dont les enjeux dépassent encore ceux de la crise de l’énergie. Car il s’agit de l’incapacité de plusieurs dizaines de millions de personnes de pouvoir s’alimenter. Même avant la crise alimentaire, des famines sévissaient un peu partout dans les pays pauvres du globe. Ce n’est sûrement pas en triplant le prix du pain et du riz, aliments de base d’une grande partie de la planète, que le problème va se résorber. M. Robert Zoellick président de la Banque mondiale évalue à 100 millions le nombre de personnes à souffrir de la faim à cause de la crise alimentaire. Pourtant, à son avis, il s’agit d’une donnée conservatrice qui risque d’augmenter avec l’approfondissement de la crise.

Finalement, comme si les rouages de l’économie n’étaient pas suffisamment grippés, il faut que la crise du crédit vienne ajouter encore aux difficultés, rendant le financement problématique à tous les échelons de l’architecture économique. On connaît les sort des grandes entreprises financières aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, de même que celui des grandes compagnies comme General Motor, Ford et Chrysler. Actuellement près d’une centaine d’entreprises multinationales à travers le monde font face au spectre de la faillite. Même chez les ONG en activité en très grand nombre dans la plupart des pays sous-développés, le problème n’est pas différent. En effet, quand un ONG comme la Croix-Rouge éprouve des difficultés à se renflouer, on peut raisonnablement penser que beaucoup d’autres, dont les bases sont moins solides, se sont trouvés dans la même situation.

Par conséquent, on convient facilement que tous les signaux importants de ce siècle sont en mode négatif. Espérons seulement que ce siècle se dépêche de déballer ses horreurs pour ne pas avoir à le faire plus tard. La preuve que tous les espoirs ne sont pas perdus, c’est que Obama a remplacé Bush.
Marc-Léo Laroche
11.12.08

jeudi, décembre 04, 2008

NOTES SUR L'AMÉRIQUE EN TRANSITION



Il semble que l’avènement du 21ème siècle a apporté un vent de changement sur le monde. À cet égard, on ne peut pas dire que l’Amérique soit en reste quoique le changement soit loin d’être uniformément réparti sur le continent. C’est pourquoi, en vue d’un bilan, il y a lieu de considérer, d’une part, l’Amérique centrale et les Antilles, d’autre part, l’Amérique du Sud et l’Amérique du nord.

L’Amérique centrale et les Antilles

Des trois Amérique, l’Amérique centrale et les Antilles forment l’espace géographique le plus restreint en termes de population et de marché ( aux alentours de 1% de la population et du PIB mondial), le moins développé et peut-être le moins perméable au changement. En excluant les petites Antilles, des douze états et territoires qui forment l’essentiel de cette région, Cuba et Haïti méritent une mention spéciale. Le premier, que dirigeaient Fidel Castro depuis près de 50 ans et maintenant son frère Raul Castro depuis 2007, parce qu’il plie depuis le début du régime sous le fardeau de l’embargo des Etats-Unis et, le deuxième, sous la gouverne de René Préval ( président depuis 2006) et de Michelle Pierre-Louis, (première ministre en 2008), parce qu’il croupit dans la misère que lui a valu un demi-siècle de dictature, de corruption et d’incompétence.

L’Amérique du Sud

C’est en Amérique du Sud que le vent du changement semble avoir commencé à souffler, particulièrement en direction des Etats-Unis. Jusqu’alors, ces derniers considéraient l’Amérique du Sud comme leur arrière-cour, y faisant et défaisant les gouvernements. En mettant en question le néolibéralisme comme mode de fonctionnement de l’économie et, plus généralement, l’hégémonie étatsunienne tant sur le plan idéologique que politique ( voir Pacte andin 1969, Mercosur 1994, Alba 2004, Projet de gazoduc Sud-américain 2005, Telesur 2005, Banco del Sur 2007,Unasur 2008, etc.) l’Amérique du Sud a choisi de favoriser l’intégration de la portion latine de l’hémisphère et d’instaurer en même temps, une cassure historique sur le plan des relations internationales. D’où cette interrogation : " L’Amérique latine : nouvel ordre régional ou mondial? in cramoel.blogspot.com''.
Il importe, par conséquent, de voir les principaux centres de changement dans cette partie du continent, mis à part les états que sont la Colombie d’Alvaro d’Uribe et le Pérou d’Alan Garcia encore dans le giron du néolibéralisme, sans oublier les territoires du Surinam et de la Guyane, récemment indépendant pour le premier et possession française pour le second.
À noter que le Mercosur comprend les états suivants : Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Venezuela. On peut dire donc que la ligne de démarcation des états du sous-continent passe entre le plus grand nombre qui favorisent l’intégration latine et ceux qui sont liés aux Etats-Unis par des rapports de libre-échange comme le Chili, le Pérou et la Colombie encore que ces derniers soient, avec la Bolivie et l’Équateur, des membres associés au Mercosur.

Venezuela

: Ce pays est l’un des premiers, avec le Brésil, à avoir, de façon manifeste, initié le changement dans cette partie du continent. Cela s’est fait avec l’arrivée de Chavez en 1999 à la tête de l’état et, surtout, après le coup d’État manqué contre son gouvernement. C’est à cette époque que remonte sa déclaration de guerre contre l’impérialisme des États-Unis et l’intervention multiforme de ces derniers dans le pays. Cela s’est fait également par l’instauration d’une orientation résolument de gauche connue sous le nom de " révolution bolivarienne " en axant le Venezuela sur un nouveau modèle de développement économique et social et en se donnant en même temps un rôle actif au niveau régional sur le plan idéologique. Quoique le président soit très controversé sur le plan de ses décisions économiques, on ne peut nier que le pays soit comptable de beaucoup de mesures sociales propres à favoriser les plus démunis.

Argentine

: De la crise économique qui a prévalu dans ce pays au détour du siècle à aujourd’hui avec l’élection en 2007 de Cristina Fernandez du Parti justicialiste à la présidence de son pays, la seconde femme, à ce titre, en Amérique du Sud , il y a un vent de changement en Argentine. Sans doute, les éléments n’en sont pas les mêmes qu’ailleurs, dans les autres états du sous-continent qui se sont orientés résolument vers la gauche…Mais dans la mesure où ce pays est partie prenante du mouvement d’ensemble dans la région, particulièrement en ce qui concerne la mise en question du rapport des centres hégémoniques avec la périphérie, un peu de ces changements est à mettre à son crédit.

Equateur

:Comme pour le président Vasquez d’Uruguay, le président Rafael Correa d’Equateur, élu en 2006, est le produit d’une alliance de différents partis de gauche, en l’occurrence, le parti Alianza Pais. Économiste de formation identifié à la gauche, il a pris ses distances avec le projet de libre-échange avec les États-Unis de même qu’avec la dollarisation de l’économie opérée en l’an 2000. Sa gestion économique l’a mis en confrontation avec le FMI et la Banque mondiale desquels il refusait les diktats.

Brésil :

L’élection de Luis Ignacio Da Silva, ouvrier syndicaliste comme président en 2002 malgré les pesanteurs sociologiques et l’étanchéité des classes sociales est profondément symbolique des changements de mentalité dans cet immense pays de 140 millions d’habitants. De plus, cette élection a été porteuse de changement à beaucoup d’égards. D’abord par les différentes politiques pour l’avancement des déshérités, mais aussi par les changements dans les relations internationales notamment vis-à-vis des Etats-Unis. À plusieurs reprises, si les conférences internationales ( OMC, Sommet des Amériques etc.) ont connu l’échec, c’est, entre autres, à cause de la position du président du Brésil qui réclamait des conditions égales à celles dont bénéficiaient les États-Unis. Et le signe que son élection n’était pas un accident, c’est qu’il a été réélu en 2006.

Chili

: Le Chili a une situation paradoxale. D’un côté, il s’agit d’un état qui, six ans après l’effacement d’Augusto Pinochet de la scène politique au Chili et seize ans après sa chute comme président, présente l’aspect du changement avec l’élection en 2006 d’une femme de gauche à la tête du pays en la personne de Michelle Bachelet. Dans un pays axé sur le machisme et centré profondément sur les valeurs chrétiennes sinon catholiques, elle est un libre penseur qui ne s’est jamais marié et dont les enfants sont de deux pères différents. Néanmoins, la présidente a beau être de gauche, les institutions du pays demeurent engluées dans des pratiques néolibérales que n’arrivent pas à vraiment secouer les politiques sociales mises de l’avant.

Bolivie

: Dans ce pays, le changement a pris la forme de l’élection à la présidence de la Bolivie en 2005 d’un premier descendant autochtone d’origine Aymara. C’est un militant de gauche qui a été d’abord ouvrier syndicaliste. Son programme consiste notamment dans la réforme agraire, la redistribution des ressources du pays au bénéfice des plus pauvres, particulièrement les autochtones et la limitation de la mainmise étrangère sur ces ressources. Dès sa prise du pouvoir, il s’est attelé à la tâche de la redistribution de la richesse du pays en mettant à contribution les provinces riches, au bénéfice des plus pauvres, dans un cadre administratif de péréquation.

Uruguay

: Tabaré Vasquez est le président de ce pays. Il a été élu en mars 2005. Il est le chef de Frente Amplio, un parti formé par une coalition des partis de gauche et dont l’un des points importants du programme de gouvernement consiste à rendre possible une plus grande justice sociale. Les principaux éléments d’action du gouvernement s’ordonnent autour du projet de développement de la société uruguayenne. À cet égard, plusieurs mesures sociales ont été mises de l’avant comme des programmes contre le tabagisme, l’avortement etc. à commencer par un programme d’assistance sociale pour les démunis.

Paraguay

: Avec l’élection dans ce pays du progressiste Fernando Lugo (ci-devant membre de l’Alliance patriotique pour le changement) à la présidence de la république en août 2008, le Paraguay a tourné le dos à une longue ère de dictature, d’immobilisme et de conservatisme. Les principaux éléments du programme de gouvernement sont la réforme agraire, l’éradication de la corruption et l’autonomie économique.
L’Amérique du Nord

Etats-Unis :

les Etats-Unis d’Amérique forment un pays tout à fait singulier où le pire côtoie le meilleur à tous les niveaux de la société.
C’est le pays du gouvernement Bush qui pour s’accaparer des sources pétrolifères irakiennes n’a pas hésité à envahir l’Irak au prix de plus d’un million de morts sous le faux prétexte que ce pays dispose des armes de destruction massive au grand dam de l’ONU.
Cela n’empêche pas qu’au même moment ont lieu aux Etats-Unis des changements positifs de grande valeur symbolique sur le plan de la situation raciale. C’est le cas de la nomination de Colin Powel suivie de celle de Condolezza Rice, deux afro-américains d’origine, au poste de Secrétaire d’état aux Affaires étrangères.
Mais ce qui surclasse tous les symboles du genre, c’est l’élection de Barak Obama, un autre afro-américain à la présidence des Etats-Unis, 44 ans après la fin de la ségrégation des noirs dans ce pays.

Canada

: Sur le plan du changement des mentalités, le Canada n’est pas en reste pour avoir nommé en 2005 Michaëlle Jean, une femme noire d’origine haïtienne au poste de Gouverneure générale du Canada. On peut déplorer, néanmoins, qu’au chapitre des autochtones, le gouvernement Harper ait refusé de signer l’accord de l’ONU concernant La Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones soumise en 2007.

Mexique

: en matière d’évolution des mentalités, le Mexique peut difficilement réaliser avec les Etats-Unis. Il n’empêche que l’avènement du 21ème siècle consacre un changement important dans la gouvernance du Mexique. Pour la première fois en 70 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel(PRI) a mordu la poussière aux élections au bénéfice du Part national révolutionnaire(PAN) en l’an 2000, créant les conditions d’une nouvelle ère dans le fonctionnement de la démocratie et le développement de la société.
Le 20 nov 2008
Marc L.Laroche